L’effet domino des plaintes d’une jeune fille Kenyane : entretien avec l’eurodéputée S&D Linda McAvan  

L’effet domino des plaintes d’une jeune fille Kenyane : entretien avec l’eurodéputée S&D Linda McAvan   

L’effet domino des plaintes d’une jeune fille Kenyane : entretien avec l’eurodéputée S&D Linda McAvan  

Cette semaine, notre coordonnatrice des bénévoles au Liban et à Bruxelles, Maria Rosales, a mis le casque de la rapportrice! Maria a interviewé Mme Linda McAvan membre du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au parlement européen. L’entretien envisageait le plaidoyer pour les droits de la femme et les relations des institutions de l’UE avec les ONG qui travaillent sur le terrain, comme SB Overseas. Voilà ce que nous rapporte Maria :

J’ai eu récemment l’occasion d’entendre une anecdote concernant Linda McAvan qui m’a donné des frissons. Elle mérite d’être racontée avec ses propres mots, pour que vous puissiez l’entendre vous-même et vous représenter la scène dans votre esprit, comme je l’ai fait.

« Il y a plusieurs années, je me suis rendue dans une région reculée du Kenya, dans le nord, à proximité de la frontière ougandaise, dans une région très pauvre, dont les habitants ne possédaient littéralement rien. Nous nous y sommes rendus avec un élu du Parlement représentant cette région du Kenya. Nous avions pour projet de constater les problèmes de pauvreté dans cette zone, ainsi que d’observer les problèmes liés à la sécheresse et au changement climatique. Dans la région, il y avait une ou deux écoles, pas plus. Les jeunes filles de l’une de ces écoles avaient préparé un spectacle de danse pour nous et leurs parents y assistaient. Les jeunes filles faisaient des signes avec leurs main, s’adressant à leurs parents, et j’ai demandé « Qu’est-ce qu’elles font ? ». On m’a répondu « Oh, elles chantent au sujet des vaches ». « Oh, et quelles sont les paroles de la chanson » ? Quand une jeune fille originaire de cette partie du Kenya se marie, son père reçoit sa dot. Cependant, à cause du changement climatique et de la sècheresse dans cette région, les filles étaient mariées de plus en plus jeunes. La tradition selon laquelle les filles devaient être mariées à 16 ou 17 ans était en train de disparaître, et les filles étaient mariées de plus en plus jeunes parce que leurs pères avaient désespérément besoin d’argent, leur vaches étant décimées, ils avaient besoin d’en acheter de nouvelles. Et c’est pour cette raison que les jeunes filles étaient en train de danser, elles ne voulaient pas être contraintes à quitter l’école, à être mariées et elles chantaient en direction de leurs pères « s’il vous plaît, ne nous faites pas quitter l’école, laissez-nous terminer notre scolarité ».

Les lamentations d’une jeune fille dans un village kenyan au sujet d’une éducation interrompue peuvent sembler être un sanglot lointain et isolé. Mais en regardant la situation plus globalement, on constate que de nombreuses autres jeunes filles se trouvent dans la même situation qu’elle à travers le pays, dans d’autres pays du continent africain, ainsi que dans des pays faisant face à des situations similaires en Asie, en Amérique, ou en Europe. Ce qui m’a le plus frappée, c’est que cette histoire révèle à quel point les difficultés liées à la pauvreté, au changement climatique et aux inégalités sont imbriquées et peuvent se transformer en un cercle vicieux si elles ne sont pas prises en charge de façon adéquate. Comme le démontre cette histoire, les problèmes sociaux et environnementaux sont souvent liés : les mariages précoces des jeunes filles qui sont retirées de l’école ont pour conséquence des grossesses précoces, ce qui peut être à l’origine de complications lors de l’accouchement, qui peuvent à leur tour causer des problèmes de santé durables. Il suffit qu’une telle situation se reproduise quelques fois pour que ça devienne un cycle, qui se répète et s’amplifie de génération en génération.

L’engagement politique de Linda a débuté au sein du Parti travailliste britannique quand elle avait dix-sept ans, et elle est parlementaire depuis maintenant vingt ans. Elle soutient SB Overseas depuis plusieurs années. Linda a entendu parler de l’ONG par l’une des membres de son équipe, qui avait pris part à une collecte de vêtements au cours de laquelle le bureau de Linda s’est trouvé enseveli sous des montagnes de vêtements durant plusieurs jours, vêtements qui ont plus tard été envoyés à des réfugiés au Liban. Cette même personne a également participé au programme de volontariat de SB Overseas au Liban, où elle a enseigné l’anglais à des réfugiés dans l’une des trois écoles gérées par l’organisation. Ayant vu la situation au Liban de ses propres yeux, elle a décidé de contribuer davantage, et a réfléchi avec Linda à ce qui pouvait être fait. Linda a alors organisé une levée de fonds dans sa circonscription pour la journée internationale des droits des femmes, et a continué de soutenir SB Overseas depuis ce jour.

Ayant récemment rejoint SB Overseas, je souhaitais la rencontrer et en apprendre davantage au sujet de son travail dans les domaines du développement international, de l’égalité entre les sexes et du changement climatique. J’étais nerveuse à l’idée d’interviewer quelqu’un avec un parcours politique aussi impressionnant que celui de Linda. A titre d’exemple, elle siège actuellement au sein du Comité du Parlement européen pour le développement international et du groupe de travail pour le commerce équitable. Elle est également membre des intergroupes sur le Sahara occidental et sur les droits des enfants. Ainsi, pour briser la glace – du moins de mon côté – j’ai commencé par lui demander :

Qu’est-ce qui vous a poussée à travailler dans le domaine du développement international et de l’égalité entre les sexes ?

Linda : Je suis quelqu’un qui a toujours été engagé en politique, depuis très longtemps, mais je suppose que la question est de savoir pour quelle raison j’ai décidé de m’impliquer en politique au départ. J’ai rejoint le Parti travailliste dans mon pays quand j’avais 17 ans, j’étais donc assez jeune. Et je suppose que je me suis engagée parce qu’il y a beaucoup d’injustice dans le monde. Si on y réfléchit, un certain nombre des problèmes sur lesquels je travaille, comme le développement international et le commerce équitable, reviennent à s’assurer que les richesses de la planète sont réparties. Ce sont des questions de justice internationale et de solidarité, c’est ce qui m’a conduite à faire de la politique. Une fois élu, on cherche des moyens d’avoir un impact en accord avec les valeurs qu’on apporte, on veut changer les choses, avoir un impact sur le terrain. Or, le développement international, la question des femmes, l’égalité entre les sexes, la lutte contre la discrimination, les problèmes environnementaux, en font partie intégrante.

Linda a souvent évoqué la nécessité d’intégrer la perspective du genre dans le développement des politiques européennes, je lui ai donc demandé quel rôle elle a joué dans le rassemblement de ces deux domaines politiques.

Comment concevez-vous le rôle d’un ou d’une membre du Parlement dans la jonction entre les politiques de développement de l’UE et l’égalité entre les sexes ou l’émancipation des femmes ?

C’est en répondant à cette question que Linda a mentionné l’anecdote concernant les jeunes filles kenyanes. Elle a poursuivi en exposant le fait que les femmes sont souvent celles qui portent le fardeau de la pauvreté, en ce qu’elles cherchent à fournir des moyens de subsistance à leurs familles. Par conséquent, « si on souhaite une société qui fonctionne mieux, nous devons prendre en compte l’égalité entre les sexe ». Pour Linda, l’égalité entre les sexes est une question de justice internationale qui est parfaitement illustrée par l’approche globale des Objectifs de développement durable de l’ONU, où les défis liés à la société, au commerce et à l’environnement sont abordés ensemble, et non pas de façon isolée. En réalité, le leitmotiv « personne ne devrait être laissé pour compte » est au cœur du travail de Linda.

Ma question suivante s’est concentrée sur le lien entre les décideurs politiques de haut niveau tels que Linda, et les ONG telles que, notamment, SB Overseas :

Au regard de votre expérience dans ces domaines, comment voyez-vous les relations entre le rôle des décideurs politiques de haut niveau et le rôle des organisations non gouvernementales qui travaillent sur le terrain ?

Linda : Hé bien, les politiciens décident des lois, mais il y a un climat politique dans lequel ces lois sont décidées. Dans mon pays, par exemple, il y avait un mouvement en faveur des énergies renouvelables, et les gens se sont plaints quand des parcs éoliens ont commencé à être construits. Hé bien, nous avons besoin que des voix s’élèvent pour dire « en réalité, nous avons besoin de ces parcs éoliens, nous avons besoin d’évoluer vers de nouvelles façon d’utiliser l’énergie ». Je crois que les organisations locales ne devraient pas sous-estimer à quel point cela peut être puissant de recevoir un message des gens qui sont vos électeurs. Les organisations locales sont très importantes car les politiciens ne peuvent pas légiférer à moins que ces organisations ne créent un climat qui permette un consensus autour du fait qu’on a besoin de changer certaines choses. Les organisations locales créent une pression. Par exemple, s’il y a un mouvement qui dit « on ne veut pas de réfugiés ici », alors plusieurs voix peuvent répondre « avez-vous rencontré réellement des réfugiés ? Venez, et faites leur connaissance ». C’est ce que des organisations comme SB Overseas font, elles introduisent l’angle humain.

Le temps passant rapidement, et Linda devant se rendre à une réunion important, ayant probablement déjà renoncé à sa pause-déjeuner pour me rencontrer, je lui ai demandé si elle avait un dernier message à l’attention des organisations comme SB Overseas.

Linda : Je crois que le message est de ne jamais sous-estimer le travail que vous faites et l’impact qu’il a. Vous savez, en atteignant les gens, les journaux ou les organisations, mais également en atteignant les politiciens. Qu’il s’agisse des responsables politiques locaux, dans les communes, à Bruxelles, les membres des parlements nationaux ou les membres du Parlement européen (…). Le fait que les gens bénéficient de congés payés, de congés maladie, de congés parental… toutes ces choses ont dû faire l’objet de campagnes et de luttes, et ne doivent pas être tenues pour acquises, elles peuvent toujours être retirées. Le changement peut avoir lieu car les gens se réunissent et font le changement.

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