Une lettre à ma mère: le voyage d’un homme syrien

Traduit de la version originale en arabe.

« Je sais que tu es fatigué mais malgré le noir autour de tes yeux, je peux sentir en toi la beauté comme le serait une colombe flottant autour d’un sanctuaire sacré »

Oh, ma chère mère, ils m’ont demandé d’écrire et quand j’ai commencé à écrire, tu es la première qui est venue à mon esprit. Comme on dit, la mère est la maison.

Mon nom est Abd Abd Alkafe Mohammad et je suis syrien. Je suis né à Al-Jazira sur le long de la rivière Euphrate et je suis diplômé depuis 2014 de l’université de Damas avec un master en Sciences Politiques. Forcé par le destin à quitter mon pays avec plusieurs membres de ma famille et les enfants de la nation.

Je me dirigeais vers la Turquie. Je suis allé jusqu’à la frontière en passant par les petites routes. Je suis arrivé à Istanbul, en gardant à l’esprit que je devais commencer à reconstruire ma vie ici, malgré les différentes difficultés. En deux mois, beaucoup de choses ont changé et j’ai dû retourner en Syrie. Mon but était d’emmener le reste de ma famille en Jordanie. Nous nous sommes donnés rendez vous à al-Raqqa à l’aube et nous sommes allés à travers le désert en direction de la frontière entre la Syrie et la Jordanie. La voyage a duré jusqu’à l’aube du jour suivant et je n’étais pas au courant de la situation qui nous attendait sur place. Quand nous sommes arrivés, j’étais choqué. L’endroit était un désert aride rempli de personnes se cachant dans des tentes faites des restes de couvertures artisanales. Nous avons dû attendre longtemps notre tour pour entrer en Jordanie.

Le premier jour, nous avons construit notre petite tente, et pour la première fois dans ma vie, je me suis senti en charge de la sécurité et de la sûreté de ma famille. La situation était tragique dans tous ses aspects, de la nourriture à l’eau, aux médicaments. Il n’y avait pas de traitement pour les gens malades.

C’était la malédiction de la guerre ! Une fois, quelqu’un à décrit cette guerre comme « un test pour notre humanité, un test que l’on ne doit pas rater ». Ma seule force à ce moment était ce livre interdit que j’avais fait passer en contrebande et caché des yeux de Daesh (l’Etat Islamique). Ce livre, « les quarante règles de l’amour », était mon seul ami alors que j’étais dans la tente. Je n’oublierai jamais le réconfort que cela m’a apporté dans le désert.

Je me rappelle de toutes les fois où j’ai pleuré à cause de ce que j’ai vu : un enfant mourant à cause du manque de traitement médicamenteux, une femme souffrante en train d’accoucher donnant naissance à un enfant entre les rideaux crasseux avec une autre femme près d’elle et une autre femme ramassant les miettes de pain recueillis pour une souris. Elle lava le pain, le sécha afin de nourrir la souris et ses enfants. Oh, mon dieu, tout était si cruel. Le vaste désert, les tempêtes de sable, les pierres sur le sol, les visages de ces gens brûlés par le soleil, tout, vraiment tout !

Trois mois ont passé et après avoir été malade, c’était notre tour de rejoindre le camp bleu. Ce n’était pas mieux que les camps précédents, excepté que là, vous receviez de la nourriture et de l’eau. C’était une grande prison faite de métal, qui n’aidait en rien à lutter contre la chaleur de l’été et le froid de l’hiver. Quitter le camp était interdit …

Nous sommes restés là-bas pendant huit mois jusqu’à ce que l’un de mes frères en Jordanie arrive à nous faire sortir du camp. J’étais libéré des griffes de la mort. Nous avons déménagé à Amman. J’étais épuisé par les conditions du désert. J’avais perdu le goût de la vie et j’étais perdu à force de me sentir tellement impuissant. Certains rêves semblaient si loin de moi, et je ne pouvais pas voir le ciel de mon avenir s’éclaircir.

Amman était une ville qui, malgré sa beauté, engloutissait ses habitants à cause de l’état de fatigue qu’elle engendrait chez eux. Dès lors que je suis arrivé ici, j’ai réalisé que je devais rentrer. Je ne pouvais pas rester là-bas pour longtemps, surtout parce que j’accompagnais ma famille jusqu’à mon frère qui vivait là bas depuis longtemps. J’ai passé un mois entier à Amman et j’ai réussi à payer des dettes que j’avais et à me procurer un passeport. Retourner en Turquie était impossible. Atteindre une autre destination était également impossible puisque cela requérait de l’argent que je n’avais pas. La seule solution était de déménager à Beyrouth. Déterminé, j’ai réservé mon billet, fait mon petit sac avec le peu d’habits que j’avais et quelques livres. C’était tout ce que j’avais !

J’ai appris à connaître Beyrouth. Une ville qui vous voit comme un réfugié avec des poches vides mais plein d’espoir. Malgré tout, je tiens toujours sur mes pieds … Non, je n’ai pas grand chose, il n’y a que ma volonté qui tient le coup.

Sept mois ont passé depuis que je suis arrivé à Beyrouth. Je suis désormais un membre de l’équipe de SB OverSeas, qui donne de l’éducation aux réfugiés sans rien leur demander en retour. J’ai vu une équipe se donner comme priorité de redonner de l’humanité, se remonter les manches et reconstruire de l’humanité dans la vie des syriens, humanité qui a été détruite par la guerre. 

Si la vie n’est pas pleine de défis, alors est-ce vraiment la vie ?

Mère, j’espère que tu te rétabliras bientôt. Je garderai des souvenirs de toi dans mon cœur.

Ma chère famille, dès le moment où je pourrai vous aider, je n’hésiterai pas.

(Toi ! Loin de ma vue, mais près de mon cœur. Je sais que tu m’attends et je te promets que je ferai de mon mieux pour que nous puissions nous retrouver sous le même toit)

Beyrouth, le 21 juillet 2018

Abd AlKafe Mohammad 

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