Une tasse de thé servie par des épouses enfants

C’était au début de l’automne dernier, lorsque Louma Albik s’est rendue au Liban dans le cadre de ses visites régulières aux centres de SB OverSeas afin d’apprécier les besoins des familles, la plupart syriennes, qui vivent dans les camps de réfugiés. Au sein de SB OverSeas, le rôle de la Présidente ne se limite pas à la gestion de l’organisation de son siège à Bruxelles. Les visites fréquentes au Liban sont une priorité pour SB OverSeas, permettant de faciliter la coordination entre le personnel à Bruxelles et l’équipe sur le terrain. Cela permet à l’organisation d’avoir une compréhension des conditions de vie réelles des familles réfugiées et de pouvoir adapter ses programmes en fonction. SB OverSeas bénéficie d’un lien authentique avec la communauté des réfugiés, créé suite à de nombreuses années de soutien et d’échanges. Cette relation donne à l’organisation un aperçu exclusif de la réalité vécue par ses bénéficiaires, permettant aux expériences personnelles et aux dilemmes culturels d’émerger.

Par une journée de septembre fraîche et ensoleillée, Louma est arrivée dans la ville d’Arsal, à la frontière avec son pays natal, la Syrie. Autour de la ville, qui se trouve dans le nord-est du Liban, entourée par les montagnes de l’Anti-Liban, se dressent des tentes à perte de vue pour plus de 60 000 réfugiés. La région est isolée et aride, les arbres ne poussent pas sur ses versants. Les tensions politiques sont élevées, avec de fréquentes collisions entre les forces gouvernementales et les combattants de DAECH. Lorsque des combats ont éclaté pendant l’été, SB OverSeas a fermé son centre jusqu’à l’apaisement de la violence. En septembre, la réouverture de l’école a offert à Louma l’occasion de réévaluer en personne la situation sécuritaire de la région pour mieux prendre en compte les besoins des 320 enfants inscrits à l’école d’Arsal.

À son arrivée, un membre de la communauté s’est proposé de l’accompagner dans une visite autour du camp. Passant à côté de sa tente, il a invité sa visite à entrer et prendre une tasse de thé. Une fois à l’intérieur, trois jeunes filles se sont approchées, offrant à Louma du thé et des fruits. Elles avaient 11, 12 et 13 ans. L’homme a expliqué fièrement que les trois jeunes filles étaient des sœurs mariées à chacun de ses trois fils. Les garçons avaient entre 15 et 17 ans et travaillaient dans le bâtiment, fabriquant des briques en pierre des montagnes environnantes. En souriant, l’homme a expliqué que le mariage des filles avec ses fils leur garantissait protection et un avenir meilleur. Il continuerait à les envoyer à l’école de SB OverSeas, elles seraient heureuses. En même temps, il attendait d’elles qu’elles deviennent de bonnes épouses et de bonnes mères, ce qui était déjà le cas pour la majeure.

Un flux de pensée a envahi l’esprit de Louma. La façon normale et désinvolte qu’avait l’homme de décrire sa nouvelle famille élargie a réduit Louma au silence. Elle ne savait pas comment réagir à son hôte qui avait était tellement gentil avec elle et qui n’avait montré aucune mauvaise intention. Elle a pris conscience de la différence de leurs perspectives en raison de la situation dramatique dans laquelle la famille vivait et elle a essayé de comprendre la nature de son choix. Louma a demandé à un éducateur comment il se pouvait que ces six enfants étaient mariés si jeunes. La réponse était liée à la pauvreté, à la solitude du milieu environnant et au manque d’opportunités. Les garçons ont accepté de se marier pour trouver dans leurs épouses une amie et une personne qui allège leurs journées difficiles.

Louma était confuse. Ses principes ne lui permettaient pas d’accepter les justifications pour ces mariages, mais comprendre les difficultés quotidiennes de la vie dans les camps lui semblait tout aussi impossible. Elle est partie du camps quelques heures plus tard, mais l’expérience vécue ne pouvait pas la quitter. Depuis, Louma s’est engagée à traiter la question des mariages précoces, afin de comprendre les causes et la complexité du phénomène et de mieux faire connaître et prévenir l’occurrence de cette pratique préjudiciable.

Le taux de mariages précoces a augmenté considérablement en réponse à la pauvreté et à la vulnérabilité des familles syriennes face à la crise. Dans tous les aspects de ses activités, SB OverSeas est déterminée à protéger les droits des enfants et des jeunes filles, en comblant le fossé éducatif causé par la guerre et en mobilisant l’attention sur l’impact des mariages précoces pour les réfugiés syriens.

Veronica Lari – SB OverSeas

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